ETHIOPIE SUD VALLEE DE L'OMO 2009

Le parcours de la rivière Omo a été exploré de 1887 à 1897 par le lieutenant d’artillerie italienne Vittorio Bottego à l’occasion d’expéditions financées par son pays, qui à l’époque, était en pleine conquête coloniale. C’est ainsi qu’il découvrit que la rivière Omo, qui prend sa source au sud ouest d’Addis Abeba, se jette après des errements capricieux de près de 1 000 km dans le lac Turkana. Le lac Turkana est l’un des plus grands lacs Africains de par sa superficie de 8 600 km² et ses 300 km de long. Il prend naissance à la frontière éthiopienne dans le delta de l’Omo et se poursuit dans la région désertique du nord Kenya où il ne représente pas vraiment d’intérêt économique majeur (eau alcaline).

La rivière Omo : Une nombreuse faune peuple également les abords de cette forêt galerie, profitant du refuge de la végétation et des eaux poissonneuses de la rivière. De nombreux oiseaux sont observés tels des aigles pêcheurs, des ibis, des cigognes épiscopales, des hérons cendrés et goliath, ainsi que des aigrettes. Dans les frondaisons des arbres s'agitent également de temps en temps des singes, et au petit matin l’on peut entendre les cris d’éveil de colobes ou de cercopithèques.

ethiopie Les éthnies

Le peuple Mursi d’Éthiopie est un peuple semi-nomade du sud du pays, vivant à la périphérie ouest du parc national de Mago, en bordure de la rivière Omo où vivent plusieurs ethnies étranges et belliqueuses (toutes sont armées de lances et de Kalachnikov). C'est un des derniers peuples d’Afrique où les femmes portent encore des ornements labiaux (labret) et auriculaires en forme de disques plats, d’où leur nom de "femmes à plateau". La mise en place de l’ornement labial inférieur (appelé dhébé) intervient avant l’âge de 10 ans. Après extraction des incisives inférieures, la lèvre est perforée et une cheville de bois mise en place, l’orifice est agrandi d’année en année par l’introduction de cylindres de plus en plus grands jusqu’à mise en place d’un grand disque d’argile décoré de gravures. On ne sait pas avec précision l’origine et la fonction de cette pratique. Dans un article publié en 1939, Marco écisait que le percement de la lèvre était accompagné du percement de l’hymen.

Certains anthropologues prétendent que cette mutilation labiale avait pour but de rendre inesthétiques les femmes afin de les protéger des razzias esclavagistes. La taille du plateau est à la mesure de la dot exigée par la famille des jeunes filles à marier, dot composée de bovins et caprins et.. d’une arme à feu, modernité et insécurité obligent ! Le port n’en est pas permanent, mais limité aux moments de présence du mari et des fils ou de rencontres importantes. Cette coutume du disque labial est retrouvée chez les Surmas. Les Dizis, peuple nilotique voisin, n’épouseraient pour rien au monde ces filles défigurées, mais consentent à donner les leurs en mariage aux Surmas, contre une dot. Ce n’est pas la seule parure des femmes, qui portent aussi des colliers faits de coquillages ou de perles et se rasent le crâne. Par ailleurs, hommes et femmes se percent les oreilles où de semblables disques (ou rondelles de bois) sont insérés et portent des scarifications sur les bras, le ventre ou la poitrine. Chez les hommes, ces scarifications, figuratives, commémorent un acte de bravoure et inspirent le respect des membres du groupe. Les femmes arborent des scarifications sur l'épaule qui constituent leur "carte d'identité tribale" tandis que colliers, bracelets, sourires espiègles et peintures mammaires trahissent un désir de plaire, surtout au moment du donga, quand les combattants ont acquis le droit de convoiter une compagne. Donga est le nom d'un tournoi assez cruel qui se déroule à la fin de la saison des pluies, le moment le plus attendu par les jeunes célibataires. C'est l'occasion pour les hommes qui désirent se marier de prouver leur courage devant toute la tribu. Les règles de ces duels où les combattants s'affrontent armés de perches restent extrêmement simples : il faut donner une correction sévère à son rival en évitant de le tuer, "bavure" formellement punie. Le vainqueur qui a éliminé tous ses adversaires est porté en triomphe devant un parterre de jeunes filles. L'une d'elles choisira le héros pour époux.

Les Mursis vivent dans une région reculée d'Éthiopie. Ils règnent en maîtres et vivent en parfaite symbiose avec l'environnement. Ils forment un groupe homogène, régi par des dogmes séculaires et des rituels ancestraux. Ils ont peu d'interactions, même pacifiques, avec les autres peuples de la région et combattent farouchement, à coup de lance et de kalachnikov le vol de bétail et les razzias de femmes perpétrés par d'autres ethnies sur leur territoire. Ils se querellent régulièrement avec les Hamars, desquels ils sont pourtant séparés par un grand territoire de broussailles arides et ils entretiennent des relations tendues avec leurs cousins les Bodis.

Les Mursis attachent beaucoup d'importance à l'harmonie intra tribale. Ils se regroupent dans des villages éloignés des rives marécageuses de la rivière Omo, là où la présence de la mouche tsé-tsé est moindre. Ils n'amènent leur bétail s'abreuver à la rivière qu'en cas de nécessité absolue, pour limiter les ravages causés par le développement de la maladie du sommeil. Leurs cases sont en chaume et de petite taille. Les Mursis, comme la majorité des ethnies, craignent les eaux de l'Omo, car, outre le fort courant et les tourbillons qui décourageraient les meilleurs nageurs, l'épais limon brunâtre de la rivière camoufle les hippopotames, les crocodiles friands de chair humaine et les mauvais esprits. Seuls les Batchas, ethnie vivant dans la région la plus septentrionale de la vallée de l'Omo, sont à même de braver ces dangers et s'octroient le rôle de passeurs sur de frêles embarcations creusées dans des troncs d'arbre. Les armes traditionnelles comme les arcs, les lances ou les casse-tête en ivoire d’éléphant sont à présent devenus obsolètes et ont été remplacés par la ‘’kalachnikov’’ ou autres armes automatiques provenant de trafics avec les pays frontaliers troubles tels le Soudan ou la Somalie. Bien que la chasse soit interdite dans le parc national de Mago tout proche, les Mursis, comme d’autres tribus d’ailleurs, y font de fréquentes incursions. Apparemment les droits ancestraux semblent incompatibles avec les interdictions édictées par le gouvernement qui peut difficilement surveiller ces régions.

LES KARAS ou KAROS 

Ces tribus comptent moins de 1 000 membres et sont quasiment les seuls sédentaires de cette basse vallée de l’Omo puisque vivant près de terres fertiles régulièrement inondées par les crues. 80% de la population des Karas est concentrée autour de Dooze qui est accessible par la route. Ce sont des agriculteurs qui cultivent le millet et le sorgho. A la saison des pluies, ils prennent soin surtout du bétail, tandis qu’à la saison des semailles et des récoltes, ils s’éparpillent dans les champs avoisinants où sont cultivés des céréales, le coton et la canne à sucre. La fin des récoltes est célébrée en grande pompe par une fête qui dure plusieurs jours. Les hommes se recouvrent presque tout le corps et le visage de peinture végétale blanche et rouge, les parties de peau laissées à nu formant des motifs variés. Ils sautent à pieds joints le plus haut possible et dansent en mimant les jeux de l’amour, tandis que les femmes, parées de leurs plus beaux atours, se pavanent, puis joignent dans la danse leur favori. Pour se désaltérer, ils s’abreuvent d’hydromel. Cette fête est aussi l’occasion de sceller des couples. Les femmes sont couvertes de bracelets et de colliers de cauris. Leurs robes en peau de chèvre ou de vache sont finement décorées de perles, de petites pièces métalliques brillantes, et même pour certaines, de douilles de cartouches. Les femmes Karas, tout comme les autres ethnies d’origine omotique, ont l’habitude de se percer la lèvre inférieure au-dessus du menton en y introduisant une aiguille dont la partie pointue est dirigée vers l’extérieur. Comme toutes les tribus de la région, les Karas essayent de s’armer à outrance pensant ainsi combler le handicap de leur faible nombre, et tous les moyens sont bons pour collecter des fonds destinés à acheter des armes automatiques. Une guerre larvée les oppose aux deux fois plus nombreux Nyangatoms vivant plus au sud, bien que ce soient ces derniers qui, paraît il, leurs revendent les armes et munitions qui leurs sont proposées contre de l’argent ou du bétail par des trafiquants arrivant par camion du Soudan voisin.

 LES NYANGATOMS  (BUMI)

Le delta près du lac Turkana. Sur ces terres de plus en plus fertiles vivent les Nyangatoms qui sont à la fois agriculteurs et pasteurs. Au village, les Bumis s’afféraient à faire sécher le sorgho et à remplir leurs greniers à grains. Les Bumis sont spécialisés dans la récolte du miel sauvage dans la forêt et sont réputés être de bons chasseurs de crocodiles. Depuis de rudimentaires pirogues creusées dans des troncs d’arbres, les crocodiles sont harponnés à l’aide d’une pointe de fer reliée à une corde, propulsée au bout d’une longue perche en bois.

LES DASSANECHS

Au sud, près et dans le delta de l'Omo, se trouve une autre Ethnie : Les Dassanechs. Les Dassanechs sont des nomades et possèdent beaucoup de bétail qu'ils élèvent avec grand soin dans ces régions arides. Lors des saisons sèches ils se concentrent autour du delta, véritable labyrinthe d'îlots et de bras d'eau. La proximité de l'eau n'est cependant pas recommandable à cause des nombreux moustiques et autres insectes qui y pullulent, dont entre autre la mouche tsé -tsé.

LE PAYS DES KONSOS .

A 50 km environ au sud du lac Chamo, en pénétrant dans le pays vallonné des Konsos, situé à l’est des plaines arides et dépouillées du bassin inférieur de l’Omo, une découpe méticuleuse des collines en terrasse permet la culture. Les Konsos entretiennent peu de liens avec leur passé et avec leur histoire. On ne connaît ni leur contrée d’origine, ni l’époque de leur implantation dans la région. Néanmoins, leurs traditions familiales et culturelles tendent à montrer qu’ils sont issus d’un amalgame des tribus couchitiques voisines. Les Konsos sont des agriculteurs sédentaires chevronnés, les seuls du sud-ouest éthiopien à s’adonner à la culture en terrasse sur les flancs des collines rocailleuses. Les cultures dominantes sont le coton et différentes variétés de millet. Les grains de ce dernier sont moulus par les femmes, puis transformés en galettes qui constituent la nourriture de base des Konsos. Chaque famille possède quelques têtes de bétail et sa propre parcelle de terre que les hommes et les femmes travaillent de concert. Les konsos élèvent également mais accessoirement quelques chèvres ou poules. Les grains des céréales sont moulus et la farine obtenue sert à la fabrication de galettes qui constituent leur nourriture de base. Les konsos confectionnent également un breuvage légèrement alcoolisé à base de céréales fermentées et très prisé lors des fêtes.

L’aspect des villages konsos diffère des villages des autres ethnies de la région. Pour se défendre des attaques des animaux sauvages et pour se protéger des coulées de boue, ils encerclent leurs villages d’un rempart de basalte et de terre séchée de plusieurs mètres de haut. Dans l’enceinte, les huttes sont si rapprochées que leurs toits parfois se chevauchent. Les villages sont densément peuplés et abritent une moyenne de 2 500 habitants. Chaque famille est composée de cinq personnes en moyenne. Elle loge dans une aire ovale de 200 m² environ entourée d’un mur. L’espace réservé au bétail est généralement en contrebas, séparé de l’espace habitable par un muret qui interdit l’incursion des animaux dans la hutte familiale, ce qui, selon la croyance konso, serait prémonitoire de la mort du chef de famille. L’espace habitable est constitué d’une ou de deux huttes familiales et de plusieurs petites huttes qui font office de grenier à grain. Elles sont construites sur un plan circulaire en pisé et en bois, sur une structure articulée autour d’un gros pilier central et recouverte d’un toit conique en chaume au sommet duquel est posée une poterie.

Les familles appartenant à un même clan vivent à proximité les unes des autres et forment un groupe social distinct. Les membres du même groupe s’associent pour la célébration des rituels, pour la construction des huttes, des remparts, et pour l’entretien des murs de soutènement des terrasses qui requièrent des soins constants, car ils sont fréquemment endommagés par les fortes pluies. Ils participent aussi communément aux travaux des champs, à la poterie, et au vidage de calebasses pour en faire des récipients à lait ou à beurre. A l’instar de nombreuses ethnies d’Afrique orientale, le tissage des vêtements et des couvertures en coton écru qui suscitent l’admiration de tous les Éthiopiens, est une tâche réservée aux hommes, car les femmes, périodiquement « impures», risquent de transmettre cette impureté à l’objet fabriqué. Les représentants d’un même groupe se considèrent comme frères et sœurs, les relations sexuelles sont proscrites. Les Konsos sont divisés en neuf clans. Chacun d’entre eux chérit un prédicateur animiste qui personnifie l’autorité spirituelle du clan et qui joue le rôle d’intermédiaire entre l’homme et les puissances divines dont Waq, le dieu du ciel; il s’applique à faire en sorte que le clan soit prospère et qu’il vive en paix.

Un système complexe de classes d’âges régit la vie des Konsos mâles. A l’adolescence, les jeunes hommes entrent dans la classe d’apprentissage de la vie d’adulte; puis ils parviennent à la classe des guerriers et des propriétaires terriens, enfin, à l’âge mûr, ils accèdent à la position supérieure d’anciens. Les adolescents délaissent le foyer familial et se regroupent pour la nuit dans le confort relatif d’une large tonnelle communautaire ouverte aux quatre vents, édifiée au centre du village. Le passage à une classe supérieure ou le mariage est célébré par des danses, des chants et des rituels bien ancrés dans la culture konso. Lors des cérémonies, les Konsos, qui sont très musiciens, jouent de la krar, sorte de lyre populaire qui existe dans d’autres régions d’Éthiopie, de la dita, genre de guitare à cinq cordes et de la flûte de Pan. Les rituels associés au culte des anciens tiennent un rôle capital dans la communauté konso. Ils promeuvent l’appartenance au groupe et la solidarité entre ses membres. Les Konsos érigent des totems (1 m de haut environ) en bois sculpté, les wagas, sur les tombes de leurs anciens, sur le bord d’une route ou dans les champs que cultivait le défunt. Le défunt est représenté aux côtés de sa femme, de ses enfants, de son ennemi s’il a fait montre de bravoure et de vaillance, ou d’un animal féroce, tel que le lion, le léopard ou le crocodile, s’il s’est distingué comme chasseur. Il est décoré d’un ornement phallique frontal et paré d’un pénis, tandis que son ennemi vaincu est sculpté amputé de ses attributs virils. Bien que les Konsos soient liés par une culture commune qui leur est propre, ils ne sont régis ni par une autorité tribale supérieure, ni par un gouvernement représentatif de la communauté. Chaque village est autonome et administré par un conseil d’aînés. Les villages n’étant jamais éloignés les uns des autres, les habitants entretiennent des relations économiques et sociales. Le marché hebdomadaire est l’expression la plus parlante de ces relations inter villageoises, il rassemble les hommes et les femmes; ces dernières couvrent généralement leur chevelure nattée d’un tissu noir. L’avenir de la culture Konso ne semble pas compromis, et l’administration centrale de la capitale semble avoir pris conscience de l’intérêt qu’elle avait à préserver les différentes composantes ethniques de son pays.

 LES HAMARS

Les Hamars sont des pasteurs semi-nomades; ils vivent dans l’une des régions les plus arides de la savane méridionale du sud-ouest éthiopien, entre les terres fertiles de l’est et les rives de l’Omo. Dans cette région, seules des termitières de plusieurs mètres de haut, qui s’élèvent comme des cheminées, les acacias, les Adenium obesum, aux fleurs roses et rouges et la broussaille brisent la ligne de l’horizon. Les Hamars se déplacent en groupe, avec leurs troupeaux de bovins, selon un itinéraire précis établi par leurs ancêtres au premier matin du monde. Parmi eux, de jeunes hommes armés assurent la sécurité du groupe. Profitant des longues étapes qui rythment leur mouvance, ils cultivent le sorgho; une fois les ressources en eaux épuisées, ils abandonnent les champs et se mettent en quête d’une nouvelle zone fertile. Ils logent dans des huttes ogivales de branchages savamment enchevêtrés qui résistent aux forts vents de sable. Le bétail est le pivot socio-économique et culturel des Hamars; la fortune et le rang social d’un homme s’évaluent à l’abondance de son cheptel. Les animaux sont bichonnés, pour rehausser l’élégance de l’animal et pour le protéger du mauvais sort. Les pasteurs superstitieux dessinent au rasoir des motifs décoratifs sur le pelage. Les bovins préférés ont même le pavillon externe des oreilles ciselé comme une guirlande. En langue Hamar, chaque variation de teinte, de pelage, de taille et d’aspect a son propre qualificatif. A la naissance, les enfants reçoivent, outre leur nom de baptême, un nom de bovin.

Les Hamars, femmes comme hommes, ont un sens très aiguisé de l’esthétisme et passent quotidiennement de nombreuses heures à s’embellir. Les femmes enduisent leur corps d’huile et d’argile. Nues jusqu’à la taille, elles se couvrent les hanches d’une peau de vache incrustée de verroteries colorées. Elles s’enduisent les cheveux de beurre et d’argile, et se parent de nombreux bracelets en étain et de volumineux colliers sertis de coquillages et d’autres ornements en fer-blanc. Sur leurs coiffures habilement tressées certaines attachent des visières d’étain ou des serre-tête de perles. Hormis les colliers de perles et les boucles d’oreilles, les hommes privilégient la coiffure; les plus valeureux, ceux qui ont vaincu l’ennemi ou abattu un animal féroce, s’enduisent la chevelure d’argile qui, une fois séchée, forme une calotte rigide au-dessus de laquelle est plantée, sur un petit support de bois, une plume d’autruche. Les autres se tressent les cheveux en mosaïque. Ils exhibent fièrement leur torse nu orné de scarifications infligées lors des rituels de passage de classe d’âge. Le rituel le plus important pour les jeunes hommes Hamar est celui qui consacre le passage de l’enfance à l’âge mûr: le saut des taureau.

 LE PARC NATIONAL DE MAGO 

Situé au sud-ouest de 1’Ethiopie, à 809 km d’Addis Abeba via Arba Minch et Jinka, le Parc national du Mago couvre 2162 km². C’est probablement l‘un des lieux les plus reculés et les plus pittoresques d’Éthiopie. Le cœur du parc est constitué de plaines de savane (à 450 m d’altitude) et de déserts qui s’étendent au-delà des frontières du parc jusqu’au lac Turkana. Ce lac est le quatrième lac d’Afrique orientale en superficie. Les méandres de la rivière 0mo forment la frontière ouest et sud du Parc national de Mago. Sans jamais atteindre la mer, son cours sillonne près de 1 000 km, c’est une des plus longues rivières d’Éthiopie. L’Omo prend sa source au sud-ouest d’Addis Abeba, dans les escarpements montagneux où son cours puissant chargé d’alluvions a découpé des gorges profondes, puis elle pénètre des régions tropicales luxuriantes, fracture des plaines arides et, enfin, traverse une zone désertique avant de se jeter dans le lac Turkana.

La périphérie éthiopienne du parc est hérissée de crêtes saillantes et vallonnées de hautes collines verdoyantes. Le plus haut sommet, le mont Mago au nord du parc, s’élève à 1 350 m d’altitude. La rivière Mago et ses deux affluents serpentent entre les vallons du Mago. En plaine, le climat est chaud et sec. La végétation semi-aride du parc est composée de broussailles, d’acacias, de savane herbeuse, de figuiers sycomores et de tamarins des Indes tout au long des cours d’eau. La faune du parc est très diversifiée, et à cause de la mouche tsé-tsé, c’est un des derniers lieux épargnés par l’incursion des indigènes et de leur bétail. Le parc abrite plus de 227 espèces d’oiseaux, 56 espèces de mammifère et des reptiles. Ses rivières regorgent de crocodiles, d’hippopotames et de poissons. Le parc fut initialement établi en 1974 pour protéger les éléphants et les girafes. Lors d’une mission d’évaluation effectuée au printemps 1993, 4 troupeaux d’éléphants (entre 1 167 et 1 320 individus), plus de 50 girafes. Un grand nombre de buffles, de koudous, de phacochères et de bubales ont été répertoriés. Malheureusement, nombre de ces espèces sont victimes du braconnage pratiqué par les populations indigènes habitant dans les villages situés en périphérie du parc (dont les Mursis). Les éléphants sont chassés pour leur chair et leurs défenses, avec lesquelles sont façonnés des objets en ivoire. La chasse à l’éléphant est plus soutenue en saison sèche lorsque les indigènes ne sont pas occupés à des tâches agricoles ou quand les récoltes sont insuffisantes pour nourrir la communauté.

La migration des éléphants vers le Parc de Mago et ses environs est dictée par la recherche de nourriture et d’eau. Durant la saison sèche, les troupeaux se regroupent dans les régions de forêts et de broussailles épaisses au bord des rivières Mago, Neri et plus au sud jusqu’à la confluence de l’Omo. C’est à cette saison, près des cours d’eau, que les éléphants sont le plus aisément observables. A la saison humide, ils se propagent en troupeaux restreints dans les régions de plaines broussailleuses jusqu’au pied des colline à proximité du quartier général du parc, non loin de la rivière Neri. A l’ouest le paysage vallonné du pays konso, en direction de la ville de Jinka située au pied du Parc national du Mago, la piste s’enfonce graduellement dans la savane broussailleuse de la faille volcanique de la vallée de I’Omo qui fracture, du nord au sud, l’ouest du territoire éthiopien. Dans cette région désolée, de nombreuses ethnies échappent à la civilisation au sens occidental du terme au profit d’un mode de vie nomade et semi-nomade. Ces ethnies, intrinsèquement distinctes les unes des autres, ont su se préserver depuis des temps immémoriaux de l’homogénéisation et leur culture, grâce à l’affirmation de leur singularité au travers de rituels et de croyances ancestrales.

Du nord du lac Turkana jusqu’à Jinka, et du lac Bashir jusqu’à la frontière soudanaise, les Bumes, les Karos, les Benas, les Hamars et d’autres ethnies coexistent, détachées et oubliées du reste de l’Ethiopie et du monde, dans un territoire hostile. Il est impossible de donner une estimation chiffrée de leur population, car aucun recensement fiable n’a jamais été réalisé. Ces ethnies, omotiques par la plupart, sont linguistiquement liées, bien que chacune d’elles s’exprime dans son propre langage. Elles ont néanmoins peu d’interactions, mais entretiennent des querelles , qui autrefois se réglaient à la lance et qui aujourd’hui dégénèrent parfois en conflit armé depuis que des armes à feu leur sont vendues ou échangées contre du bétail ou de la nourriture par des groupes de combattants impliqués dans le conflit soudanais. Contraintes par l’environnement, ces ethnies ont adopté un mode de vie pastoral ou agro-pastoral rythmé par les saisons. A la saison des pluies (de mai à septembre) la population se regroupe dans les villages et s’adonne à des tâches communautaires et domestiques, comme l’entretien des huttes et la récolte artisanale du miel. Celui-ci est récolté dans les ruches oblongues suspendues aux branches des acacias.

A l’approche de la saison sèche, vers la mi-octobre, les pasteurs quittent le village avec leurs troupeaux à la recherche de pâture. A la saison sèche, de février à avril, lorsque I’Omo et ses affluents sont en décrue, les pasteurs et leurs bovins s’approchent des rives herbeuses des cours d’eau, tandis que les agriculteurs sèment puis récoltent le millet et le sorgho sur les terres limoneuses du bassin de l’Omo et de ses affluents. L’ensemble des biens des pasteurs traditionnels se limite à un petit tabouret de bois en forme d’enclume évasée qui leur sert de siège et d’appui-tête, à une lance bien aiguisée pour chasser et pour se protéger des animaux sauvages, à des armes pour certains et à une calebasse évidée remplie de beurre ou de grain. La majorité des ethnies ne consomment pas de viande, elles se bornent à traire l’animal et à pratiquer des saignées au cou de l’animal pour se désaltérer et gagner des forces. Pieds et torse nus, une simple étoffe de coton leur entoure la taille, la nuit, elle fait office de couverture. Les seuls artifices vestimentaires arborés fièrement sont des colliers de perles colorées et des bracelets de fer. Très coquets, ils se sculptent au rasoir des coiffures très élaborées; il est courant qu’une plume d’autruche plantée dans la chevelure parachève l’ouvrage. Les hommes d’âge mûr ont la poitrine et les bras ornés de scarifications qui célèbrent leur bravoure et leur rang dans la hiérarchie tribale. Les femmes s’infligent également des scarifications décoratives faites à l’aide de petits cailloux qui sont incrustés sous la peau des épaules, des bras, du ventre et/ou du visage. Chaque motif a une connotation mythologique .

Généralement polygames, ces peuplades partagent des huttes traditionnelles faites de branchages ou de pisé et recouvertes d’un toit de chaume. Les ethnies qui habitent le long des cours d’eau pratiquent l’agriculture et sont sédentaires plutôt que pasteurs et nomades.

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